Les rations de combat : l’alimentation du combattant
Environ un million de rations de combat sont produites chaque année par le service central d’études et de réalisations du commissariat de l’armée de Terre (SCERCAT) de Rambouillet : il achète les composants, les conditionne et gère les stocks. Le service «vivres» du SCERCAT mène une démarche qualité depuis 2000, met l’accent sur la traçabilité des produits et écoute les consommateurs pour améliorer la ration.
Qui nourrit les combattants ?
Le service des Vivres du SCERCAT, véritable direction des approvisionnements, concilie les besoins des consommateurs, les impératifs liés aux marchés publics et l’entretien des stocks, tout en restant réceptif à l’évolution du marché de l’agro-alimentaire. La priorité est de fournir des produits adaptés, en quantité suffisante et qualité contrôlée, dans les délais impartis. Le Service central d’études et de réalisations du Commissariat de l’armée de Terre (SCERCAT) intervient à plusieurs niveaux pour l’approvisionnement des «vivres de combat» :
il définit et achète les composants des rations
il gère les stocks de rations et de composants
il réalise les études : pour améliorer les produits (nouvelles recettes, ajout de composants dans la ration…), améliorer les pratiques existantes (traçabilité des rations, prélèvements des composants pour analyses…) ou élaborer de nouveaux concepts d’alimentation (repas d’exercice, ration collective…)
Après l’achat par le SCERCAT, tous les composants des rations sont livrés à l’établissement spécialisé du commissariat de l’armée de Terre (ESCAT) d’Angers pour être stockés et conditionnés. Les rations sont ensuite acheminées soit vers les théâtres d’opérations, soit vers une plate-forme logistique.
Les différentes rations
Voici les caractéristiques des rations proposées par l’armée de Terre :
-la ration de combat individuelle réchauffable (RCIR),
-la ration individuelle lyophilisée commando (RILC),
-le repas individuel d'exercice (RIE),
-l'unité alimentaire de complément ou de secours (UACS),
-la ration de survie Air (RSA),
-le module alimentaire de survie (MAS).
Pour se conformer aux standards de l’OTAN, l'objectif est de passer progressivement à partir de 2006 de 3 rations spéciales à 2 : une ration de survie (équivalent au MAS), une ration d'urgence (équivalent à l'UACS et à la RSA).
L’alimentation du soldat en campagne depuis 1942
L’alimentation du soldat a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. La deuxième guerre mondiale a marqué un tournant décisif : les premières rations de combat mises au point par l’armée américaine (sous les appellations K, C, U) sont présentes sur tous les champs de bataille de 1942 à 1945.
1946 : apparition de la ration conditionnée individuelle
La ration conditionnée individuelle est comparable à la ration «K» de l’armée américaine, avec une valeur énergétique plus importante. Elle permet d’assurer l’alimentation journalière d’un homme au combat ou en déplacement : trois repas principaux de la journée, chacun conditionné dans une boîte métallique, avec trois menus possibles dont un avec porc. Cette ration respecte à la fois le goût français, la nécessité d’un transport facile et celle d’un apport énergétique adapté (16700 kJ/jour). Pour éviter une rapide lassitude du combattant, il fallait varier la gamme des menus et ajouter aux rations des compléments (bonbons, caramels).
1951 : la ration individuelle de combat n°20 (R20)
Cette ration destinée à être consommée froide, peut être logée soit dans une boîte en fer doublée d’un carton ondulé, soit dans une boîte en carton sur-emballée d’un thermo-sac imperméable à l’air et à l’humidité.
La ration subvient aux besoins alimentaires d’un homme pendant 24h, à l’exception du pain distribué à part sous forme de «pain de guerre» ou de pain frais. La R20 de type E (européen) contient des produits à base de porc et d’eau de vie, celle de type M (musulman) peut être consommée indifféremment par les militaires de toutes confessions.
Dans chaque type de ration existent 5 menus différents. Avec une valeur énergétique totale de 15470kJ (pain compris), la R20 satisfait les besoins quotidiens d’un homme adulte effectuant un travail pénible. Ont été ajoutés de l’alcool pour les européens, du thé soluble à la menthe pour les musulmans, des nougats et des condiments. Les vitamines sont fournies sous forme de bonbons fourrés ou comprimés dragéifiés, soumis à un contrôle pharmaceutique. En 1966, cette ration a été modifiée : adoption d’un carton sur-emballé dans un sac thermo-soudable et étanche, le nombre de menus passe à 12 (8 types E et 4 types M), apparition d’un paquet de cigarettes. L’évolution des techniques et la volonté d’améliorer les rations ont conduit l’Intendance puis le commissariat de l’armée de Terre à élaborer des produits mieux adaptés aux conditions actuelles.
1986 : naissance de la ration de combat individuelle réchauffable (RCIR), unique et polyvalente.
Individuelle, la RCIR couvre les besoins alimentaires journaliers d’un combattant. Elle contient non seulement les produits réchauffables, mais également le combustible pour le réchaud individuel inclus dans le paquetage. Avec cette ration, le combattant est autonome.
Elle est composée d’un repas chaud, d’un repas froid, d’un petit déjeuner et de compléments (pour 13400kJ : 13% de protides, 32% de lipides et 55% de glucides).
Le «biscuit de campagne» remplace le pain de guerre et la ration ne comporte ni alcool, ni cigarettes.
Elle se présente sous la forme d’une boîte en carton adaptée à une poche du sac à dos de combat, enveloppée de plastique pour la protéger contre les agents toxiques et l’humidité. Aujourd’hui, la ration contient également, en alternance avec la crème dessert dans 40% des rations, du fromage fondu appertisé. Le nougat et la pâte de fruits ont été réintroduits, moins sensibles au vieillissement que les barres de céréales. Actuellement, 65% des menus produits sont sans porc.
Fabrication d'une boite de ration : vidéo içi
La traçabilité : «de la fourche à la fourchette» !
La traçabilité des rations de combat s’appuie sur un ensemble d’informations sur les produits, disponibles à chaque instant. Le règlement européen, en vigueur depuis le 1er janvier 2005, s’applique «à toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution des denrées alimentaires» et impose de mettre en place des outils et méthodes permettant de retrouver l’historique, l’utilisation ou la localisation d’une entité.
Les vivres de combat revêtent un caractère stratégique : le terrain est potentiellement hostile, les sources d’alimentation doivent être sécurisées sur le plan sanitaire. L’alimentation est une source de réconfort pour un soldat sur le terrain, la meilleure qualité gustative doit être recherchée, avec un risque alimentaire minimisé. Les techniciens du service vivres, véritables spécialistes, mènent régulièrement des visites d’usine pour évaluer les risques et éventuellement demander des améliorations des produits, des contrôles ou des processus.
Les militaires dégustent !
Lors de l’évaluation technique des échantillons au cours de l’appel d’offres, les produits alimentaires, subissent les critiques des futurs consommateurs : une dégustation «à l’aveugle» est effectuée par un panel de 8 personnes minimum. Les produits sont comparés puis notés. Chaque produit obtient une note moyenne des appréciations de tous les dégustateurs. Elle représente 70% de la note finale du produit candidat (prix : 30%). Les produits préférés sont le plus souvent retenus. Le SCERCAT est le seul acheteur public à tenir autant compte de l’avis des consommateurs !
Le service Vivres propose également à ses «clients» un service consommateurs disponible en ligne en interne : chaque militaire peut transmettre ses suggestions sur la ration qu’il a consommée. Ces formulaires, un fois traités, participent de l’amélioration permanente des rations !
Le laboratoire du Commissariat de l’armée de Terre d’Angers
Le SCERCAT dispose d’un laboratoire accrédité situé à Angers sur le site de conditionnement des rations. Il réalise des contrôles physico-chimiques et bactériologiques.
Chaque livraison de produits destinés aux rations alimentaires fait l’objet de prélèvements représentatifs et d’analyses avant le conditionnement en rations. Ces contrôles assurent la qualité sanitaire des produits mais aussi le respect des caractéristiques des cahiers des charges.
|