krimbelkacem Raqib (رقيب)


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| Sujet: Re: Algériens qui ont participé aux deux guerres mondiales Jeu 24 Avr - 9:23 | |
| | Citation: | Revenons-en ‡ la guerre de CrimÈe.
NapolÈon III Ètait dÈsireux de voir les troupes indigËnes figurer dans le corps expÈditionnaire, question de prestige et de propagande auprËs de la Turquie musulmane dont la France et l'Angleterre avaient pris la dÈfense contre les Russes qui convoitaient les DÈtroits. Il demanda ‡ ce sujet l'avis du colonel de Wimpffen qui avait ÈtÈ capitaine au bataillon de tirailleurs d'Alger lors de sa crÈation et avait commandÈ cette unitÈ pendant trois ans, de 1848 ‡ 1851. Celui-ci a racontÈ ainsi, avec beaucoup de verve, cette affaire :
" Un soir de 1854, le colonel de Wimpffen entrait dans les salons du marÈchal de Saint-Arnaud dont il Ètait fort connu. - Ah l mon cher colonel, lui dit le marÈchal, je suis fort aise de vous voir, car j'ai ‡ vous parler. Ces messieurs (et il montrait plusieurs officiers) prÈtendent que les tirailleurs ne peuvent rendre de services qu'en AlgÈrie. Est-ce votre opinion?
- Non, et j'affirme mÍme qu'en ce qui concerne mon ancien bataillon, on peut tout attendre de ces braves gens, en sachant les commander.
" Quarante-huit heures aprËs, Wimpffen Ètait mandÈ aux Tuileries. L'empereur lui fit connaÓtre qu'au nombre des opposants ‡ l'emploi des indigËnes hors de leur pays, se trouvait un homme ayant dÈj‡ alors, bien que simple colonel, une certaine influence, M. Trochu, attachÈ au ministËre.
- Sire, dit Wimpffen, je me suis beaucoup occupÈ des soldats indigËnes, je connais le parti qu'on peut en tirer. Si leurs chefs savent les conduire et leur inspirer confiance, je rÈponds qu'on aura dans les bataillons arabes une excellente troupe, une troupe d'Èlite. Si je n'Ètais pas colonel du 13e de ligne, et qu'on voulut former un corps des bataillons des trois provinces, je serais s˚r de rÈussir si l'on m'en donnait le commandement.
- C'est bien, reprit l'empereur; si je fais marcher les tirailleurs, j'en formerai un rÈgiment dont vous serez le chef.
- Sire, j'espËre alors pouvoir vous prouver, par des faits, que je ne me suis pas abusÈ, et ce que j'ai dit ‡ Votre MajestÈ sur ces braves gens est une vÈritÈ.
- Combien pensez-vous pouvoir en amener avec vous?
- Deux mille.
- Je me contenterai de quinze cents.
- II en faudrait deux mille pour une campagne un peu longue.
" Une semaine ne s'Ètait pas ÈcoulÈe, depuis cette conversation avec l'empereur, que le colonel de Wimpffen recevait l'ordre de se rendre en Afrique, pour y former un rÈgiment de tirailleurs algÈriens [...] Pendant la traversÈe, et quoiqu'il fut heureux et flattÈ de sa mission, Wimpffen se demandait si ses soldats le reconnaÓtraient. Il comptait principalement sur ceux de son bataillon, pendant que les autres, ceux d'Oran et de Constantine, auraient beaucoup d'hommes mariÈs, peu dÈsireux de s'Èloigner de leurs familles. Fort prÈoccupÈ, il dÈbarque ‡ Alger et se prÈsente au gÈnÈral Randon, gouverneur gÈnÈral, qui commence par refuser la carte blanche donnÈe par l'empereur et n'accorde que la moitiÈ des effectifs prÈsents. Le colonel insiste et, au nom de l'empereur, finit par l'emporter. Il part aussitÙt pour Blidah, arrive ‡ minuit et se rend ‡ la caserne des turcos. Le bataillon, prÈvenu, illumine la cour a giorno et attend son ancien chef, qui se prÈsente aux soldats, et d'une voix forte, leur crie :
- Enfants, me reconnaissez- vous?
- Vive Ba-Ba, s'Ècrient mille voix qui rassurent aussitÙt Wimpffen.
- Eh bien ! je viens vous chercher, voulez-vous avec moi dÈfendre le drapeau de Mahomet?
- Oui, oui, tous, nous irons avec toi !
- Je vous prÈviens que vous aurez de la souffrance ‡ endurer, que vous aurez ‡ braver la faim, les fatigues, les boulets?
- Nous marcherons !
" Le soir, le colonel avait mille enrÙlÈs volontaires sous ses ordres. AssurÈ du concours du chef de bataillon d'Oran, il s'embarque immÈdiatement pour Constantine. Bref, huit jours plus tard, il rÈunissait ‡ ColÈah deux mille indigËnes... "
Le colonel de Wimpffen eut avec lui le lieutenant-colonel Roques, les bataillons furent commandÈs par les chefs de bataillon de Maussion et Martineau-Deschenez.
En 1854, le rÈgiment de tirailleurs est ‡ l'Aima (20 septembre) o˘ il subit pour la premiËre fois l'Èpreuve de la canonnade, puis ‡ Inkermann (5 novembre) o˘ ces " enfants du feu " ainsi que les interpella le gÈnÈral Bosquet, " s'abattirent comme un ouragan sur les Russes avec des hurlements fÈroces ", assaut ‡ la suite duquel le commandant de la 2e division pouvait Ècrire : " Les tirailleurs algÈriens, ‡ travers les broussailles, bondissaient comme des panthËres. Cette journÈe leur fait honneur. "
En 1855,'les tirailleurs contribuent ‡ la prise du Mamelon Vert (7 juin) o˘ le rÈgiment a 28 officiers et 398 hommes hors de combat et mÈrite d'Ítre citÈ ‡ l'ordre de l'armÈe d'Orient " pour la pan active qu'il a prise ‡ l'enlËvement de vive force des redoutes russes en avant de SÈbastopol ". Les tirailleurs repoussent ensuite, le 16 ao˚t, ‡ Traktir, sur la TchernaÔa, les violentes attaques des Russes. Enfin, quelques jours plus tard, le 8 septembre, ils participent ‡ la prise de Malakoff qui dÈtermine la chute de SÈbastopol o˘ ils achËtent chËrement la victoire : 6 officiers tuÈs ou morts de leurs blessures, 51 hommes tuÈs, 8 officiers et 204 gradÈs ou hommes blessÈs. Ils participent enfin ‡ la prise de Kinburn (17 octobre), dernier succËs de nos armÈes en Orient. Quelques jours aprËs, ils s'embarquaient pour l'AlgÈrie.
Partis ‡ l'effectif de 2 104 hommes, ayant reÁu 720 hommes de renfort ou de complÈment, ils avaient eu 907 hommes atteints par le feu. Leurs cadres avaient ÈtÈ durement ÈprouvÈs : 27 officiers tuÈs et 29 blessÈs.
Les trois rÈgiments de tirailleurs algÈriens furent donc constituÈs et regroupÈs en AlgÈrie aprËs cette campagne. Le 1er rÈgiment conserva le drapeau qui lui avait ÈtÈ remis en 1854 auquel les inscriptions de : Aima 1854, Inkermann 1854, Traktir 1855, SÈbastopol 1855. furent ajoutÈs aux prÈcÈdentes. Les 2e et 3e rÈgiments reÁurent leurs aigles en 1856. avec, comme inscription : Zaatcha 1849, AurËs 1850, La Kabylie 1851, Laghouat 1852, Les Babors 1853, Aima, Inkermann 1854, TchernaÔa, SÈbastopol, Kinburn 1855.
Parmi les actions d'Èclat de la campagne de CrimÈe, on cite celle-ci : A l'assaut de Malakoff, le capitaine Bonnemain, qui appartenait au contingent fourni par le bataillon d'Oran, fut blessÈ par une bombe et s'affaissa ‡ cÙtÈ du projectile qui allait Èclater. Le sergent Mohammed Ould el Hadj Kadour, se prÈcipita, saisit la bombe et courut vers une traverse blindÈe derriËre laquelle il espÈrait avoir le temps de la jeter. Mais elle fit explosion entre ses mains, lui emporta les deux bras et tua le capitaine Bonnemain. Le sergent qui survÈcut ‡ cette terrible blessure, fut nommÈ chevalier de la LÈgion d'honneur.
Au moment de leur crÈation, les trois rÈgiments de tirailleurs algÈriens Ètaient commandÈs par les colonels RosÈ (1er), Montaudon (2e), Liebert (3e). Lorsque le rÈgiment qui devait participer ‡ la campagne d'Italie fut formÈ, leurs chefs Ètaient les colonels Archinard (1er), Laure, puis de Monfort (2e), Le Poittevin de Lacroix (3e).
En effet, le 26 mars 1859, la crÈation d'un rÈgiment provisoire ‡ trois bataillons de six compagnies pour l'armÈe d'Italie fut ordonnÈe, le commandement en fut confiÈ au colonel Laure, avec le lieutenant-colonel de Montfort. Chaque rÈgiment fournit un bataillon. La nouvelle unitÈ fut affectÈe ‡ la 1e brigade de la 1e division, gÈnÈral de la Motterouge. Elle fut engagÈe au combat de Turbigo (3 juin), ‡ Magenta (4 juin) et ‡ SolfÈrino (24 juin).
Le 3 juin, le rÈgiment de tirailleurs, lancÈ en avant au commandement du gÈnÈral de division, attaque ‡ la baÔonnette le village de Robechetto, ‡ l'est de Turbigo. Le bataillon du 1er tirailleurs (commandant Gibon) fut le plus sÈrieusement engagÈ, il e˚t un officier tuÈ et quatre officiers blessÈs. Parmi ces derniers, le futur gÈnÈral Boulanger, alors sous-lieutenant, qui rappelait en ces termes, quelque vingt-cinq ans plus tard, dans une lettre au colonel du 1er tirailleurs, ses impressions de cette journÈe :
" Ce qui m'est restÈ gravÈ dans l'esprit, c'est cette furie avec laquelle les turcos, dont c'Ètait, en Italie, la premiËre affaire, se sont prÈcipitÈs sur les Autrichiens, en chantant, en criant, en vocifÈrant. Aucun ordre dans mon bataillon, mais un seul but, un seul dÈsir dans le cúur de tous : arriver : arriver les premiers ‡ l'ennemi. " Le soir mÍme du combat, dans un tÈlÈgramme ‡ l'impÈratrice, NapolÈon III avait Ècrit ces mots : " Les tirailleurs du colonel Laure ont fait merveille. " Le lendemain 4 juin, ils enlËvent le village de Casate, rejettent l'ennemi sur Buffalora et, vers le soir, attaquent maison par maison le village de Magenta qui tombe enfin entre nos mains, aprËs les efforts conjuguÈs des zouaves, de la LÈgion, de l'infanterie du corps de Mac-Mahon. Les tirailleurs ont perdu 31 tuÈs et 144 blessÈs.
Le 24 juin, ‡ la bataille de SolfÈrino, le rÈgiment soutient une lutte acharnÈe au village de San Cassiano, ou successivement le colonel Laure et le lieutenant-colonel tombent frappÈs mortellement ‡ la tÍte de leurs tirailleurs chargeant au pas de course. Le soir de la bataille, les trois chefs de bataillons ayant ÈtÈ mis hors de combat, le rÈgiment est commandÈ par un capitaine. " Dans cette rude journÈe, lit-on dans l'historique du 3e tirailleurs, o˘ la bravoure fit autant, sinon plus, que la science militaire, les tirailleurs provoquËrent l'admiration de toute l'armÈe en se montrant non seulement l'incomparable troupe de choc qu'ils avaient toujours ÈtÈ, mais encore d'opini‚tres dÈfenseurs du terrain conquis, d'infatigables combattants toujours prÍts ‡ recommencer la lutte, en un mot faisant preuve des plus prÈcieuses qualitÈs qui distinguent une troupe d'Èlite, aussi bien dans la dÈfense que dans l'attaque. "
De nouvelles inscriptions de noms de victoire vinrent s'ajouter aux prÈcÈdentes sur la soie des drapeaux. La campagne d'Italie avait ÈtÈ faite sous les plis du vieux drapeau de 1854 remis au rÈgiment de CrimÈe et dÈtenu par le 1er tirailleurs. Un nouveau drapeau fut remis ‡ ce corps en 1861, le dimanche 17 novembre, sur la place de Blida.
Entre la guerre d'Italie et l'expÈdition du Mexique, sans compter les diverses opÈrations contre les tribus dissidentes en AlgÈrie et au Maroc, les tirailleurs algÈriens coopÈrËrent ‡ deux expÈditions lointaines qu'il convient de signaler.
Ce fut d'abord celle du SÈnÈgal, en 1861. Un demi-bataillon ‡ trois compagnies s'embarqua ‡ Alger le 24 novembre 1860 et prit part aux colonnes dans le Cayor, la Casamance, le Saloum et le Sine.
Un bataillon ‡ six compagnies de 115 hommes, sous les ordres du commandant PiÈtri, du 2e rÈgiment, combattit ensuite en Cochinchine (18 septembre 1861-8 ao˚t 1864).
Enfin, un autre bataillon ‡ six compagnies, sous les ordres du chef de bataillon Cottret, du 3e rÈgiment, dÈbarqua ‡ la fin octobre 1862 ‡ la Vera Cruz et fut d'abord chargÈ de l'escorte des convois. A partir de mars 1863, il va participer au siËge de Puebla. Le 8 mai, les tirailleurs font partie des troupes qui attaquent et dispersent ‡ San Lorenzo l'armÈe de secours du gÈnÈral Comonfort. Ils mÈritent dans ce brillant combat l'apprÈciation suivante du gÈnÈral Neigre, commandant l'infanterie de la colonne, dans son rapport au commandant en chef : " Quant aux tirailleurs algÈriens, bataillon hÈroÔque, entrain admirable, chef de bataillon remarquable... Deux tirailleurs m'ont apportÈ des drapeaux. "
En raison de ce fait d'armes- prise d'un drapeau ‡ l'ennemi - une dÈcision impÈriale du 11 novembre 1863 dÈcora de la LÈgion d'honneur le fanion servant de ralliement au bataillon. A cet Ègard, l'historique du rÈgiment relate que " le 4 mai 1864, ‡ Guadalajara, le bataillon tout entier fut sous les armes pour Ítre passÈ en revue par le gÈnÈral Douay et voir ensuite attacher ‡ son fanion de manúuvres la croix de la LÈgion d'honneur ". Une seconde dÈcision en date du 5 dÈcembre suivant spÈcifia que lors du licenciement du bataillon du Mexique, la croix serait attachÈe ‡ la hampe du drapeau du 3e rÈgiment de tirailleurs. Car l'auteur de l'exploit Ètait le tirailleur Ahmed ben Myoub, de cette unitÈ.
Le bataillon de tirailleurs s'Ètait emparÈ non pas d'un, mais de deux drapeaux. Le second militaire qui avait rapportÈ un emblËme pris de haute lutte Ètait le tirailleur Khenil ben Ali, du 2e rÈgiment. C'est en 1893 seulement que ce corps revendiqua le mÍme traitement que le 3e. Les recherches effectuÈes dans les archives du ministËre de la Guerre, ‡ la suite d'une demande de plusieurs conseils municipaux du dÈpartement d'Oran, confirmËrent la lÈgitimitÈ de cette revendication. Le drapeau du 2e tirailleurs fut donc, ‡ son tour, dÈcorÈ de la LÈgion d'honneur par dÈcision prÈsidentielle du 24 mars 1902. Notons que les deux tirailleurs avaient reÁu la mÈdaille militaire ‡ l'Èpoque de leur fait d'armes. Le succËs de San Lorenzo, coupant la route ‡ la colonne de secours venue pour dÈlivrer Puebla, aboutit ‡ la capitulation de cette ville quelques jours plus tard. Le gÈnÈral Onega capitulait, livrant aux FranÁais 25 gÈnÈraux, 1 482 officiers, 11 000 hommes et 150 canons. Le 7 juin suivant, l'armÈe franÁaise entrait dans Mexico.
Le bataillon de tirailleurs ne fut rapatriÈ qu'au mois de janvier 1867 et licenciÈ le 8 avril suivant.
Les tirailleurs, aprËs quelques opÈrations en AlgÈrie entre 1867 et 1870, allaient participer ‡ la guerre de 1870.
Les " turcos " comme on continuait ‡ les appeler Ètaient devenus trËs populaires. L'empereur avait fait venir un bataillon ‡ Paris, qu'il avait fait entrer ‡ la suite du rÈgiment de zouaves dans la Garde impÈriale. Ce bataillon fournissait rÈguliËrement, ‡ son tour, la garde au palais des Tuileries. |
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