La citadelle d’Alger a été construite il y a près DE 500 ans sur les hauteurs de la Casbah Plongée dans les arcanes et l’histoire de Dar Essoltane
Alger abrite encore des vestiges de renommée mondiale et des monuments historiques de grande valeur, certes en état de dégradation avancé mais qui n’en demeurent pas moins les témoins irremplaçables des différentes civilisations qui se sont succédé sur cette terre.
Une recherche historique approfondie sur ces constructions, qui forcent encore aujourd’hui l’admiration et le respect, s’avère appropriée pour en pénétrer les secrets et accéder aux clés du mystère qui habite ces lieux de rêve et de magie.
Peut-on alors parler des vestiges et des palais luxueux qui peuplent la capitale sans citer la citadelle d’Alger que l’on nomme aussi Dar Essoltane ou encore Palais du dey ? Cette œuvre d’art, dont la construction a commencé il y a presque 500 ans sur les hauteurs de la vieille médina (Casbah), surplombe la baie d’Alger, offrant à la vue l’un des plus beaux panoramas du monde. Située à 118 mètres au-dessus du niveau de la mer, la citadelle, dernière demeure des deys d’Alger, reste debout comme pour défier les aléas du temps et l’érosion qui la gangrène.
Le palais entre rêve et réalité
Le visiteur de ce lieu de majesté est agréablement surpris par ses pavillons richement décorés, ses couloirs sculptés, ses salles parées de luxe et ses piliers couverts d’ornements. En déambulant dans cet espace, traversant les siècles, vous voilà plongés dans l’ère ottomane risquant presque à chaque instant de rencontrer le dey Hussein ou le dey Khodja Pacha qui ont gouverné Alger avant 1930.
Une sensation agréable vous envahit en pénétrant dans l’aile réservée au dey, sentant presque sa présence assis avec majesté sur son trône. La stature haute, le dey se tiendrait là avec son allure de chef expérimenté et de militaire aguerri. Son imposante personnalité a également fait de lui un monarque hospitalier et généreux, un homme de foi et d’une grande noblesse d’âme.
Vie de palais, vie de faste et de luxe. L’aile réservée aux femmes réveille des images d’élégance et de raffinement. Les personnages des contes des Mille et Une Nuits semblent encore se mouvoir dans ces espaces, ombres furtives et fantomatiques qui ont, des siècles durant, occupé ces salles et d’autres chambres aux rideaux de soie et aux lourdes tentures de velours. L’imagination du visiteur le portera aussi vers ces femmes de toute beauté parées de bijoux sertis d’émeraudes, de perles et de diamants d’où fusent des parfums, essences d’ambre, de musc, de chrysanthème et de narcisse.
On peut aisément imaginer les longues soirées d’été juste interrompues par une brise légère venue de la mer toute proche. Nonobstant le bruit des travaux en cours et l’état de décrépitude des lieux, on peut presque, en empruntant les longs couloirs, sentir les parfums de fleurs qui embaumaient l’espace et l’odeur envoûtante de l’encens. Habillées de kaftan, de saroual, de bedroun de satin et de soie de Chine, les femmes sont là, regroupées autour de tables basses d’ébène du Soudan incrustées de nacre, sirotant le thé et goûtant les mets les plus délicieux et les confiseries les plus fines faites d’amande, de pistache, de noisette et de miel pur.
Les servantes assises dans un des coins de la pièce, éventail à la main, attendent les ordres de leurs maîtresses pour que leur parvienne un peu de fraîcheur en ces chaleurs étouffantes. Des suivantes jouent des airs musicaux légers et reposants à l’image de ces après-midi qui semblent se prolonger indéfiniment. De temps à autre, des chants fusent, authentiques et agréables mélodies témoins d’une grande sensibilité et d’une culture riche et séculaire.
Cinq siècles et un parcours tout en mouvement
Construite au début du XVIe siècle, plus exactement en 1516, sous l’égide de Baba Aroudj, la citadelle a été achevée véritablement en 1591. Au tout début, ce haut lieu était destiné à des activités purement militaires abritant des unités de l’armée des janissaires en remplacement de l’ancienne forteresse située près de la mosquée de Sidi Ramdhane à la Casbah.
La situation durera ainsi pendant un siècle, jusqu’en 1817, date à laquelle le dey Ali Khodja a décidé de quitter le palais «Djenina» (basse Casbah) qui abritait le siège du gouvernement d’Alger de l’époque, pour s’installer dans la haute Casbah et plus précisément dans cette citadelle où il mourut peu après.
Le bruit des sabots est encore perceptible sur ce sol désormais déserté gardant en mémoire pourtant les longues processions de cavaliers se pavanant sur des pur-sang racés piaffant d’impatience. Officiers et soldats janissaires se sont relayés en ces lieux nostalgiques faisant la gloire de leur cité, menant des batailles et portant haut une armée des plus redoutables en ce temps-là.
Son successeur, le dey Hussein Pacha, a apporté les transformations nécessaires à cette caserne de janissaires pour l’adapter aux besoins du dernier souverain d’Alger et de sa suite.
L’édifice, devenu siège du pouvoir, s’étend sur une surface de 1,5 ha et abrite l’aile réservée au dey qui entoure une immense cour de marbre blanc et où s’est produit le fameux incident du «coup d’éventail» à l’encontre du consul français en 1827, prétexte à l’invasion de l’Algérie en 1830. L’aile réservée aux femmes, ou gynécée, les salles de réunion ou diwan, la mosquée privée du dey et de sa suite, le jardin d’été, la poudrière et les cinq batteries réparties sur les différentes ailes du palais en sont les principales composantes.
Une autre aile a été érigée à l’intérieur de la citadelle et réservée aux beys d’Oran, de Constantine et de Médéa (ex-Titteri) pour leur séjour à Alger ou pour leur réunion avec le dey. Le monument renferme, d’autre part, la mosquée des janissaires et une poudrière pour la fabrication du salpêtre, unique spécimen architectural en Algérie et dans le Maghreb. Dar Essoltane, comme il plaît aux Algérois de l’appeler, était par ailleurs dotée à l’époque ottomane d’un système exceptionnel d’irrigation et de distribution d’eau. Cet édifice était la résidence permanente du dey Hussein Pacha -dernier dey d’Alger- durant 12 années avant l’expédition française de 1830.
Durant les premières années de l’occupation française, ce lieu a été transformé en caserne de l’armée coloniale pour devenir ensuite un hôpital militaire. Le général De Bourmont en a fait, un peu plus tard, sa résidence.
Jugeant le style architectural du palais inadéquat avec la façon de vivre occidentale, il y apporta des transformations importantes. La forteresse fut scindée en deux par une route, et le quartier qui jouxtait la Casbah où se trouvait la maison de l’agha ainsi que beït el Mel (ministère des Finances) fut complètement détruit afin d’isoler la forteresse.
L’aile du khodja, qui était premier responsable de la garde privée de Dar El Malik, a subi une destruction en règle tandis que les décorations et autres ornements des piliers ont disparu et des fenêtres ont été placées dans le pavillon réservé aux femmes sans rapport avec l’architecture originelle.
La mosquée des janissaires au sud de l’aile du khodja a, elle aussi, connu, durant la période coloniale, des transformations radicales, ce qui l’a complètement dénaturée.
Le palais du dey a été classé monument historique en 1887 tandis que la mosquée et la poudrière voisines furent aménagées, en 1930, en musée colonial militaire qui fut pillé par les Français à l’indépendance de l’Algérie en 1962.
L’urgence d’une résurrection annoncée
Désertée de ses occupants au lendemain de l’indépendance, la citadelle, abandonnée, a connu un état de délabrement avancé. Plus préoccupant encore, elle a été squattée par quelque 200 familles sinistrées qui en ont été délogées en 1978 lorsque la restauration de ce monument a été envisagée.
En 1992 pourtant, l’APC de la Casbah a décidé de transformer ce lieu en habitations, ce qui avait provoqué l’opposition vigoureuse -et finalement salutaire- de l’Agence nationale d’archéologie et de protection des sites et monuments historiques. Par bonheur, des travaux d’importance sont actuellement en cours pour sauver ce monument historique, partie intégrante du patrimoine national, et lui permettre de retrouver son lustre perdu tout en veillant jalousement à la préservation de son aspect architectural d’origine.
LE PARC NATIONAL DU DJURDJURA Un éden qu’il faut préserver
Le premier destructeur de ces espaces protégés, est l’homme.
Le Parc national du Djurdjura est considéré comme le réservoir, par excellence, de la biodiversité. S’étendant sur une superficie de 18.550 ha, il occupe à la fois une partie importante des deux wilayas, en l’occurrence Tizi Ouzou avec 10.000 ha et Bouira avec une étendue de 8000 ha. Ce musée naturel a été créé, pour la première fois, en 1925, par le gouverneur d’Algérie de l’époque. Mais son cadre institutionnel a connu une réhabilitation après l’Indépendance.
Officiellement, il a été classé Parc national par décret présidentiel n°83-460 du 23 juillet 1983 pour une superficie de 18.550 ha. Ensuite, un autre statut a été conféré par l’Unesco en 1997, comme réserve de biosphère et patrimoine naturel de l’humanité. Occupant la région tellienne centrale, le Parc national du Djurdjura constitue un important écosystème. Il abrite principalement cinq grands ensembles d’habitats, qui se répartissent en des habitats forestiers comprenant des peuplements de quatre forêts domaniales: Boudjurdjura, Aït Oubane sur le versant nord, Oued Sahel et celle d’Azrou pour la partie sud.
Pour les pelouses alpines, le Parc national du Djurdjura abrite de vastes étendues d’une superficie de 8300 ha. Tout comme les falaises et escarpements rocheux, les grottes et gouffres, ces oeuvres géologiques d’une sublime beauté, ont offert au Parc national du Djurdjura des fresques paysagères inouïes. A cela s’ajoute la richesse en termes de cours d’eau qui sillonnent les moindres recoins des montagnes du Djurdjura. Toutes ces conditions naturelles favorisent, entre autres, la formation d’un monde végétal et animal hors du commun. Des centaines d’espèces, animales ou végétales, y ont pris demeure. S’agissant de la flore, le Parc national du Djurdjura compte près de 1100 espèces végétales, soit le tiers de la flore nationale. Parmi elles, on y trouve 35 espèces endémiques, 33 sont protégées et 140 autres sont rares ou menacées. Pour les plantes à vertus médicinales, on compte 111 espèces, dont 90 de champignons et 50 autres de lichens. Le patrimoine forestier est représenté par de nombreuses essences, à savoir le cèdre, le chêne vert, l’érable, le chêne-liège et aussi le pin noir. Les forêts constituent de principaux pourvoyeurs de conditions de vie, de nourriture et de nidification pour la faune existante. Parallèlement à ce monde immense de végétation, une autre vie existe au coeur de ce parc. Mammifères, oiseaux et reptiles sont les principales composantes de la faune. Leur classification révèle plus de 30 espèces mammifères dont le singe magot, l’hyène rayée, le lynx caracal, le chat sauvage et le serval. S’agissant des oiseaux, le recensement a fait état de 121 espèces vivant dans le Parc national du Djurdjura, notamment, cincle plongeur, faucon de barbarie, gypaète barbu, vautour fauve. Ainsi que des dizaines d’espèces de reptiles recensées. Cependant, et en dépit de tout l’arsenal juridique mis en place par différentes institutions, nationales ou universelles, la menace pesant sur le parc est permanente. Et le premier facteur destructeur de ces espaces protégés, est l’homme. En agissant, par ignorance ou autre, il ne cesse de porter atteinte à cet environnement et à plusieurs espèces animales et végétales qui y habitent. Pour la partie du Parc national du Djurdjura se trouvant du côté de Bouira, le constat est amer. Au niveau de la station de Tikjda, les traces de l’imprudence humaine se voient partout. Etant un site touristique, plusieurs visiteurs qui y viennent, ne respectent par la réglementation. En jetant toutes sortes de déchets sur les lieux, cela a engendré des agressions à l’encontre du parc. «On n’arrive pas à avoir un bon résultat quant aux campagnes de sensibilisation en faveur des citoyens. Malgré toutes les méthodes et les moyens utilisés, la mission s’avère un échec», nous dira M.Haddad, chef de l’unité chargée de la protection du parc. Autre facteur, il s’agit des incendies, seule source de nuisance pour ces endroits. Rappelons qu’entre 2000 et 2001 environ 600 ha de forêts sont partis en fumée, dont 30 ha de cèdres ont été ravagés par les feux. Le surpâturage incontrôlé est aussi porteur de nuisance pour le Parc national, ainsi que les phénomènes d’ordre naturel comme la sécheresse, l’érosion. Malgré cela, le responsable de l’unité de la protection du parc au niveau de Tikjda, garde toujours espoir de le revoir un jour reprendre toutes ses forces et sa verdure, et cela tient aussi de la loi de la nature qui est, la régénération naturelle des tissus végétaux endommagés.