L’impact sur l’économie et les réserves de change de l’Algérie
Par : Abderrahmane Mebtoul
Si elle devait persister, la crise financière aurait les impacts suivants intimement liés d’ailleurs.
Les Etats-Unis étant les plus grands débiteurs de la planète, au final on verrait le dollar déclassé avec l’accroissement du déficit budgétaire américain, ce qui entraînera une poussée inflationniste. L’Algérie exportant à 98% en dollars et important presque tout dont plus de 50% en euros, il y aurait un amoindrissement des recettes en devises. 2- Deuxième impact- plus de 43 milliards de dollars des réserves de change en Algérie environ 1/3 des réserves placés en bons de trésor américain à un taux d’intérêt de 2%, le dérapage du dollar, plus de 45% ces six dernières années en référence à l’euro, et l’inflation supérieure à 3% entraîne une dépréciation importante de ces montants, l’Algérie ne gagnant rien mais perdant avec un taux d’intérêt négatif. Sans préjuger, selon les analyses qui prévoient en cas de persistance de la crise que la bulle financière atteindrait les bons de trésor américain, ce qui serait catastrophique pour l’Algérie. 3- Troisième impact sur les autres montants placés dans des banques internationales dites bien cotées bien avant la crise de 2008. En effet, le ministre des Finances algérien devant le parlement a affirmé en 2007 qu’un montant des réserves de change a été placé auprès de ces banques, sans préciser le niveau. Or devant la gravité de la situation, il appartient au gouvernement algérien à l’instar des autres gouvernements dans le monde qui ont une communication transparente, de préciser le montant exact et si avec l’actuelle crise, ces banques sont ou ne sont pas touchées par la banqueroute. Comme il conviendra de calculer le montant des réserves de change libellé en dollars qui pourrait se déprécier en cas de chute du dollar. 4- Quatrièmement, la récession de l’économie mondiale prolongée entraînerait inéluctablement une baisse de la demande mondiale des hydrocarbures (les économies asiatiques étant fortement connectées à l’économie mondiale) et par là une chute du cours du Brent, le prix de cession du gaz déjà sous évalué de 50% par rapport au cours du Brent, et donc un manque à gagner pour l’Algérie. 5- Cinquième impact, les poussées protectionnistes et certainement un relèvement des taux d’intérêts un ralentissement net du rythme de l’investissement étranger porteur. 6- Sixième conséquence, l’Algérie important presque tout (montant allant vers 40 milliards de dollars /an fin 2008/2008), au niveau mondial, cette poussée inflationniste mondiale aurait des répercutions sur la valeur des importations. Pour preuve l'indice Fao des prix alimentaires montre une hausse de 12% en 2006 par rapport à l'année précédente, de 24% en 2007 et de 50% prévision de l'année 2008. 7- Enfin, malgré l’embellie financière due aux recettes des hydrocarbures et non à une bonne gouvernance, (plus de 133 milliards de dollars de réserve de change), avec la mauvaise gestion (40 milliards de surcoûts du programme de soutien à la relance économique estimé à plus de 200 milliards de dollars US), l’envolée des dépenses improductives et la mauvaise gestion, l’Etat serait forcé de diminuer les transferts sociaux estimés à 10 milliards de dollars (moyenne 2007/2008) dont plus de 1,5 milliard d’euros pour les subventions des produits de première nécessité en 2008. Cela amenuiserait le pouvoir d’achat de la majorité, accentué par la concentration excessive du revenu au profit d’une minorité rentière, comme l’atteste les plus de 3000 euros de salaire mensuel aux députés, alors que le SMIG ne dépasse pas 120 euros.
Donc, que reste-t-il des réserves de change disponibles immédiatement ? a- des réserves de change au 1er juillet 2008 déclaration officielle estimés 133 milliards de dollars ; b- moins 43 millairds de dollars placés en bons de Trésor américain : il en reste 90 milliards de dollars, presque 1/3 de nos réserves de change ; c- moins environ hypothèse (ce n’est qu’une hypothèse mais plausible) 20% placés dans des banques internationales dites AAA bien cotées avant la crise financière soit environ 27 milliards de dollars. Il reste 63 milliards de dollars. En espérant que le taux n’est pas plus important et que l’argent placé ne l’a pas été dans des banques internationales actuellement en faillite qui cumulent avec l’éventualité d’une chute des obligations du Trésor américain serait catastrophique pour l’Algérie. 4- Il en reste donc en équivalent euros au cours (1,40 dollars) soit 38 milliards d’euros, soit à peine une année pour couvrir les dépenses publiques projetées. Comme nous l’avons démontré dans deux interviews aux deux plus grands quotidiens arabophones algériens (El Khabar 30 septembre 2008 – El Chorouk 6 octobre 2008), si les montant de nos réserves de change placés dans les banques internationales a été de 50% soit 67 milliards de dollars et si ces dernières sont en difficultés, alors il faudra attendre les recettes des hydrocarbures au jour le jour car ne disposant d’aucune marge de manœuvre avec une restriction drastique des dépenses publiques. Ce serait alors un drame en cas de retour de la conjoncture pétrolière.
L’impact sur l’économie algérienne L’économie algérienne est caractérisée actuellement par la stagflation ; inflation, chômage et ralentissement de la croissance économique réelle, le tout tiré artificiellement par les dépenses publiques via les hydrocarbures. Car, le climat des affaires se détériore et la corruption augmente entre 2006/2008 décourageant toute possibilité de développement fiable. Cela est confirmé par le dernier rapport de la Banque mondiale (10 septembre 2008) où l’Algérie pour le climat des affaire dégringole de la 116e place en 2005, 125e en 2006, 130e en 2007 et 132e en 2008 et l’accélération de la corruption selon le communiqué de Transparency International en date du 23 septembre 2008. Pour l’indice de corruption, L’Algérie, pour 2008 a une très mauvaise note (3,2 sur 10) est à la 92e place sur 180 pays, rappelant qu’en 2007, elle était en 99e position, contre 2006 (84e place sur 163 pays). En 2005, 97e place (sur 159 pays), en 2004 (97e place su 146 pays, en en 2003, (88e place sur 133 pays), et un très mauvais classement, en 10e position sur 18 pays arabes classés, après la Tunisie et le Maroc qui obtiennent de meilleurs scores (respectivement 4,4 et 3,4), le Qatar étant en tête de sous-classement régional, avec une note de 6,5. Le gouvernement algérien vient d’annoncer officiellement qu’il peut créer 400 000 emplois par an grâce aux nouveaux dispositifs sur l’emploi et le ministère du Travail un taux de chômage fin 2008 de 10%.
lll Or avec un taux de croissance, en termes réels en déclin, plus de 5% entre 2003/2005, 1,8% en 2006, à peine 3% en 2007 et selon le FMI dans son rapport de 2007 inférieur à 4% pour les années 2008/2009 dont selon mes calculs les entreprises créatrices de valeur ajoutée durable participent à 1% dans le taux de croissance global (la vocation de Sonatrach, investissement très capitalistique, n’étant pas de créer des emplois), avec un accroissement de demande annuelle de 450 000/500 000 unités. Selon nos calculs effectués à partir des données de l’ONS (déclaration des différents Conseils de gouvernement et du ministre du Travail durant l’année 2007, sous-estimant la demande féminine), cela est-il possible, car cela contredit les lois élémentaires de l’économie. Avec cette dualité croissante entre les emplois permanents en décroissance et les emplois temporaires en croissance, le chômage frappant de plus en plus les personnes mal formées et récemment massivement les diplômés toutes catégories confondues. La jeunesse est désemparée, assistant depuis les années 1980 à nos jours, à des phénomènes intiment solidaires qui laissaient prévoir les tensions sociales actuelles rendues plus acerbes après la privation d’une décennie tragique qu’a connue l’Algérie et que les pouvoirs publics successifs n’ont pas pris en compte car il s’agit d’un phénomène profond et structurel qui renvoie aux dysfonctionnements de la société algérienne. Jeunesse : l’ angoisse, puis le hittisme et, pour finir, les harragas Au début c’était la chanson du raï qui exprimait les angoisses de la jeunesse. Ensuite ce sont les hittistes qui portaient les murs avec silence. Et enfin ce sont les harragas, désespérés face à l’avenir avec des tensions sociales quoi gagnent presque toutes les régions. Car les résultats des organismes chargés de l’emploi (l’Ansej autant que la Cnac) sont mitigés malgré les nombreux avantages accordés. Les nouveaux dispositifs sur l’emploi auront peu d’efficacité (on ne crée pas des emplois avec des textes juridiques car c’est l’entreprise qui crée la richesse permanente). Aussi, si la croissance n’est pas reprise par les entreprises, à la fin de l’épuisement des ressources dégagées par le plan de soutien à la relance économique des dizaines de milliers de femmes et d’hommes transitoirement employés seront au chômage. Concernant l’inflation, pour le gouvernement le taux d’inflation a été de 1,6% en 2005, et certainement supérieur à 5% pour 2008, 3% en 2006, et après l’avoir estimé à 3,5% en 2007 donne finalement le taux de 4,5% (selon l’officiel, pour des raisons essentiellement externes dues à l’envolée des prix comme le blé, la farine sur le marché international), ayant prévu des subventions pour la farine, la semoule et le lait et une somme colossale des transferts sociaux représentant plus de 10% du PIB pour assurer la paix sociale.
Quel est le taux d’inflation réel ? Or, selon un document important relatif à une étude sur l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, du centre de recherche américain, Casey Research en date du 6 mars 2008, le taux d’inflation en Algérie serait de 12% en 2007, beaucoup plus en 2008, contre une moyenne de 7/8% au niveau de la région Mena. Si le processus inflationniste continue à ce rythme entre 2008/2009, cela aurait des incidences sur le taux d’intérêt des banques qui devraient le relever au moins de deux à trois points par rapport aux taux d’inflation réels, si elles veulent éviter la faillite. Cela a également des incidences sur le pouvoir d’achat de la majorité de la population algérienne. Face à cette situation, la famille algérienne dans sa solidarité d’ailleurs en régression et paradoxalement la crise du logement (même marmite, répartition des charges), les faux emplois rentes temporaires au nom de la solidarité nationale ne dépassant pas 3/6 mois jouent le rôle transitoirement d’amortisseur à des tensions sociales qui deviennent de plus en plus criantes. Et ce du fait d’une politique salariale biaisée et incohérente, la nouvelle grille des salaires de 2007 l’attestant, cette détérioration du pouvoir d’achat (smig à 120 euros) de la majorité de la population est accentuée à la fois avec le nivellement par le bas des couches moyennes laminées, devrait s’accélérer pour la période 2008/2009 car, selon le ministère des Finances en février 2008, le montant de l’endettement croissant auprès des banques, (prêts pour l’achat des voitures, logements, électro-ménagers) est estimé à 200 milliards de dinars (2 milliards d’euros), un prêt entre 5 et 10 ans de 100 nécessitant un remboursement 130 à 170, selon le délai, et par une nette concentration des revenus au profit d’une minorité spéculative rentière. Selon l’enquête du Ceneap de septembre 2006, le ménage moyen algérien consacrait plus de 60% de son budget aux dépenses alimentaires en 2006 dont seulement 10% pour la viande (ce taux ayant augmenté avec l’inflation en 2007/2008 pour aller vers plus de 80%) assistant à un déséquilibre nutritionnel rendant inévitable les maladies d’où avec la détérioration du cadre de vie (environnement), les effets dépressifs, la consommation excessive de médicaments, avec plus de 1 milliard de dollars d’importation moyenne 2006/2007.
En conclusion : l’Algérie doit s’adapter … Pour le cas Algérie, la crise étant mondiale, l’erreur de la mentalité bureaucratique, en panne d’idées, serait de vouloir revenir au volontarisme et au dirigisme bureaucratique des années 1970, confondant régulation de l’Etat, (le chef d’orchestre) primordiale en économie de marché et retour à l’étatisme, ce qui ne ferait qu’accélérer la crise multidimensionnelle que vit dramatiquement la société algérienne (voir notre intervention au plus grand quotidien espagnol). L’objectif stratégique est une bonne gouvernance e tune visibilité et cohérence dans la démarche de la politique économique et sociale étant dans cette interminable transition depuis 1986, ni économie de marché, ni économie de marché expliquant les difficultés de la régulation économique et sociale. Car une bonne gouvernance combinée avec la valorisation, du savoir, selon l’expert de renommée mondial Kaufmann de la banque mondiale permet une augmentation à moyen et long terme du revenu de la Nation, d’environ 300%. Il s’agit pour l’Etat algérien de passer de l’Etat propriétaire à l’Etat régulateur fondamental en économie de marché, par la mise en place des mécanismes concurrentiels conciliant efficacité et cohésion sociale. Il s’agit de redonner l’espoir à une population largement meurtrie après plus de 10 années de terrorisme sanglant afin d’éviter le divorce Etat/citoyens, comme cela a été démontré par la très forte démobilisation populaire aux dernières élections. Car, pour éviter une crise majeure tant politique que socioéconomique, en Algérie, il faudra entre 2010/2012 avoir un doublement du produit intérieur brut de dollars US, soit 260 milliards de dollars US, avec une diminution des sections rentes. Le PIB 2006/2007 fluctue entre 120/130 milliards de dollars et paradoxe ayant le même niveau que les réserves de change estimées fin juillet 2008 à environ 133 milliards de dollars US dues à des facteurs essentiellement extérieures. Car, au moment où tous les dirigeants de la planète y compris les pays émergents dont la Chine qui s’inquiètent de la dépréciation de ses réserves placés en bons de Trésor américain (estimation de 30% début octobre 2008), d’une estimation provisoire des pertes des pays du Golfe entre 200/300 à 300 milliards de dollars des dépôts dans des banques occidentales, (est ce que les sociétés d’assurance elles mêmes touchées y feraient elles face ?), nous assistons à un silence étonnant de la part de nos dirigeants comme si cette pièce de théâtre se jouait sans nous, et donc que la crise ne nous concernait pas.
Docteur Abderrahmane Mebtoul,
Expert International
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